.
Au conseil communal de Trooz ce lundi 30 septembre, la galaxie ENODIA (ex-Publifin) était au menu. Dans la salle, un public composé de 4 citoyens, aucun journaliste.

IMG_8053

Un Conseiller PS soumet une motion autorisant le Collège communal à ester en justice aux côtés du Collège provincial (principal actionnaire) et d’autres communes liégeoises en vue de défendre les intérêts de la Commune de Trooz, suite à la vente (« offre liante ») secrète de 3 filiales de NETHYS : Voo, Win et Elicio. Trooz souhaite également que NETHYS apporte tous les éclairages nécessaires sur l’affaire.

Trooz est actionnaire de l’intercommunale ENODIA à hauteur de 0,3 % ; ce holding public, présidé par la Bourgmestre PS de Verviers Muriel Targnion, détient 100% de la société opérationnelle NETHYS (via Finanpart, une filiale intermédiaire destinée à disparaître).

S’agissant des 2 filiales Win (vendue à Ardentia Tech pour 9 millions d’euros) et Elicio (vendue à Ardentia Holding pour 1 €), le Conseiller avance que leur valeur réelle serait de l’ordre de 300 millions d’euros, bradés au prix de 9 millions (et un) euros… Scandale ! Conséquence pour la Commune - et ses 8.500 habitants - en cas d’exécution des deals : le vol d’1 million d’euros !

D’où vient ce chiffre, qu’aucun membre de l’assemblée (présidée par le Premier échevin en raison de l’absence du Bourgmestre) ne questionne ?

La meilleure manière de connaître la vraie valeur de ces sociétés destinées à être vendues eut été de… faire un appel d’offres et d’ainsi mettre les acquéreurs potentiels en concurrence ! Ce qui n’a pas été fait : Ardentia Tech et Ardentia Holding sont des sociétés créées expressément par François Fornieri qui ont acquis les filiales de NETHYS hors marché !

Sauf que Fornieri est administrateur de NETHYS ! Et, secondairement, président du Comité de rémunération chargé notamment de superviser les revenus du CEO Stéphane Moreau… désigné par Fornieri administrateur et délégué à la gestion journalière de Ardentia (avant qu’il n’en démissionne suite aux révélations ; il ne sera plus que consultant). Se vendre à soi-même n’est pas illégal paraît-il, sous certaines conditions.

Sauf que, après la révélation du deal dans la presse, plusieurs sociétés publiques et privées ont fait part de leur intérêt et annoncé être prêtes à faire une offre très compétitive pour l’une ou l’autre des 2 filiales !

Lors de l’entretien de 2 journalistes du journal Le Soir avec 4 administrateurs de NETHYS et son CEO Stéphane Moreau le 16 septembre, le président Pierre Meyers « justifie » les montants des transactions en expliquant que :

  1. Win (intégrateur de services TIC – Technologies de l’information et de la communication – aux entreprises, organisations du secteur public et du secteur des soins de santé) ne vaut plus grand chose après avoir « raté le virage technologique » et que son chiffre d’affaires (46 millions d’euros en 2018) va rapidement et considérablement baisser ;
    .
  2. Elicio (producteur d’énergies renouvelables, participations dans des parcs éoliens en mer du Nord) a un prêt de 265 millions d’euros à rembourser en 10 ans à NETHYS auquel il faut ajouter un crédit bancaire de 30 millions garanti par NETHYS (pour une dette totale de 700 millions).

En clair, heureusement que Fornieri est là pour racheter ces sociétés et en assurer l’encrage et l’emploi Liégeois… Il ne faudrait pas non plus l’effaroucher et risquer qu’il retire ses billes, ce que le principal intéressé assure qu’il fera si la situation intenable dans laquelle il se trouve (on l’a mis) demeure !

D’après les révélations parues dans la presse, la société Win pourrait valoir de 25 à 30 millions alors qu’Elicio pourraient valoir jusqu’à… 350 millions ! Malgré son importante dette, les actifs d’Elicio dans l’éolien offshore sont subsidiés pendant 20 ans, avec des rendements de 7%, ce qui réduit le risque. Une fois les crédits remboursés d’ici quelques années, la société va générer du cash et devenir très rentable. Win et Elicio peuvent donc bien valoir 300 ou 400 millions d’euros… si la simple loi de l’offre et de la demande est respectée ! Sinon, ce sera juste 9 millions (et un) euros.

Quant à Voo SA, sa valorisation lors de sa création en juillet 2019 était estimée à 623 millions d’euros.

Le secret, la manière et les conflits d’intérêt qui caractérisent la vente des filiales de NETHYS ne sont pas acceptables, tout comme les prétentions de ses administrateurs quant à l’utilisation à venir du produit de la vente des filiales de NETHYS (dont aussi les 50% + 1 action de Voo au fonds d’investissement américain Providence).
.

Qui décide ce que l’on fait avec l’argent public ?

Le public, et donc le politique élu, a-t-il encore quelque chose à dire ? Quelle garantie avons-nous que l’argent de la vente remonte dans les caisses de la Commune via un dividende exceptionnel ? Pour Trooz, la vente de la moitié de Voo représente aussi… 1 million d’euros.

L’aéroport de Liège Bierset est le nouveau terrain de jeux de ceux qui voient dans le développement à l’infini de la logistique l’avenir économique de la métropole liégeoise. Peu importe les dizaines d’hectares de terres agricoles détruites, les nuisances sonores, les conséquences en termes de congestion des infrastructures et les gigantesques investissements publics qui seraient à nouveau nécessaires pour faire rouler des milliers de camions supplémentaires sur nos routes. Quant au développement durable et au réchauffement climatique, on verra ça plus tard, après le déluge.

Pourquoi la motion proposée par Trooz n’exige-t-elle pas que les ventes de Voo, Win et Elicio soient proposées à tous les opérateurs du marché pour en obtenir le juste prix ? Comment les intérêts communaux pourraient-ils être respectés avec les deals actuels ?

Pourquoi les élus de Trooz n’ont-il pratiquement rien dit de l’usage du produit de la vente des sociétés, quel que soit le prix ?  

Quant à l’option de ne pas vendre les filiales concurrentielles de NETHYS, ce que permet parfaitement les recommandations de la commission d'enquête parlementaire « Publifin » *, dont les activités offrent des emplois de qualité sur Liège, un réel service à la population et aux entreprises, et dont les dividendes à venir constitueraient un apport financier régulier pour les communes liégeoises, aucun conseiller de Trooz n’en parlera. Le public a pris les risques, le privé va en tirer les bénéfices.

Motion votée à l’unanimité des membres présents, majorité PS et Ecova et opposition MR.

 

*  La recommandation n°5 du rapport de la commission d'enquête parlementaire «Publifin »prévoit d’ « Engager les organes des différentes entités du groupe PUBLIFIN-NETHYS (…), et en pleine considération des enjeux liés à l'emploi, à repenser le fonctionnement et le périmètre d'intervention du groupe (…), notamment en envisageant de céder à des tiers certaines participations, liées notamment à des activités situées à l'extérieur du pays, dans des conditions optimales sous l'angle économique, ou de céder à des sociétés publiques régionales les participations liées à des activités qui dépassent le périmètre d'intervention de l'intercommunale. »
.


.