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Des engagements politiques à la hauteur ?

Vous avez aimé le programme de gestion volontaire, cohérent et réaliste de 2012 ? Vous aimerez le programme de gestion ambitieux, réaliste et plaçant le citoyen au cœur des préoccupations des élus de 2018 !

« Participation active des citoyens » est l’antienne de la Déclaration de Politique Générale lue par le Bourgmestre Fabien Beltran lors du Conseil communal d’installation et de prestation de serment du 3 décembre dernier. Cette déclaration scelle le pacte de la nouvelle majorité « ancrée à gauche » formée par « Ensemble avec le Bourgmestre * » et « EcoVa » (16 sièges sur 19). Le MR et ses 3 élus passent dans l’opposition. Quant à moi, je suis redevenu un simple citoyen actif et… critique et me permets donc ces quelques commentaires sur le projet 2018-2024. 

La politique est l’art de gouverner, et donc de prévoir. Qu’a prévu cette DPG au travers de ses 3 « objectifs fondamentaux » ? Et que n’a-t-elle pas prévu ?                                                                                       

* qu’on appellera PS par simplification

1. La participation citoyenne

La nouvelle majorité PS – EcoVa fait le pari de la participation citoyenne et elle a raison ! Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Informer des décisions et orientations prises, rencontrer les citoyens mais aussi leur permettre de participer activement à la vie de leur commune ne peut que dynamiser la démocratie. C’est écrit, noir sur blanc, il va maintenant falloir le faire réellement.

La communication lors de la précédente législature aura largement fait défaut jusqu’en septembre 2017 et le renouvellement complet du site internet. Dans ce domaine, la commune a aujourd’hui un devoir de résultats ; c’est aussi une question de bonne gouvernance et de démocratie locale. Dans une commune de 8.000 habitants, les fêtes locales, les événements culturels et sportifs, les commémorations… sont autant d’occasions pour les élus et (une partie de) la population de se rencontrer mais certainement pas d’échanger et de débattre dans de bonnes conditions ; organiser des réunions de quartier dotées d’un ordre du jour, bien préparées et animées de manière professionnelle (et neutre) est sans nul doute une avancée. Quant à la participation citoyenne via les budgets participatifs encadrés à l’échelle des (comités de) quartiers, mais aussi la possibilité de formuler des propositions directement auprès du conseil communal ainsi que des amendements aux projets en cours, on ne peut qu’espérer qu’elles réconcilient les citoyens et leurs élus et rendent enfin attrayants ces conseils communaux mensuels désertés par la population. Pour chacune de ces mesures, un rôle proactif de la commune sera nécessaire sinon… il ne se passera rien. La leçon doit aussi être tirée des errements du PCDR (plan de développement rural), projet participatif initié en mai 2010 (sous l’ère Denise Laurent) dont on attend les principales réalisations concrètes.   

Cela suffira-t-il à ramener un public aux réunions des Conseils ? Probablement pas. Je ne partage pas l’idée selon laquelle la retransmission sur internet des séances du conseil communal (comme à Jalhay, Durbuy…) pousserait les élus dans une forme de théâtralité néfaste à la qualité et à la sérénité des travaux. Et encore moins que cette retransmission encouragerait les gens à « rester chez eux ». Le constat est là : un public de 3 habitants en moyenne lors des séances du conseil communal révèle un vrai problème de démocratie qui devrait questionner davantage nos représentants. Si les Trooziens ne vont pas au Conseil, pourquoi le Conseil ne va-t-il pas chez les Trooziens ? Les débats seront réellement démocratiques s’ils sont publics et en l’absence de la presse (contrairement à la mandature 2012 – 2018), on ne peut raisonnablement se satisfaire du seul compte-rendu de la majorité. Dans le même ordre d’idées, la majorité PS-EcoVa de Trooz pourrait réserver un espace du bulletin communal à l’opposition, aux associations et aux comités de quartier.

Quant au « baromètre périodique des attentes et de la satisfaction des usagers des services communaux », il fait grandement penser au comité de monitoring de la DPG de 2012 chargé auprès du Collège du suivi régulier des dossiers : on n’en aura pas vu la queue…

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2. Les valeurs essentielles

Intérêt général, respect des valeurs universelles, bonne gouvernance, service public de qualité, bon usage des moyens financiers disponibles, maillage social, solidarité intergénérationnelle, soutien des écoles fondamentales communales ouvertes à tous… On ne peut qu’être d’accord avec ces principes. La Commune de Trooz s’enorgueillit de longue date de veiller sur celles et ceux qui, pour toutes sortes de raisons, font face à la précarité. Trooz n’est pas épargnée même si les villes sont bien davantage concernées. Plus de 1% des Trooziens reçoivent un RIS (revenu d’intégration sociale), plus de 5% à Liège ! Cent personnes à Trooz, 100 fois plus à Liège pour une ville 25 fois plus peuplée. Ce qui doit nous inquiéter, et nous faire réagir, c’est que ces situations parfois dramatiques sont de plus en plus nombreuses et qu’elles touchent jusqu’à des gens qui travaillent ! Le CPAS, pourtant l’acteur principal de l’action sociale, est juste cité à 3 reprises dans la DPG.

La nouvelle majorité place aussi la réduction de l’empreinte écologique de la commune parmi ses engagements, mais « dans la mesure du possible ». Dans la mesure du possible ! ?

Elle est où la prétendue ambition de cette DPG ? Elle est où la volonté politique ? Il est où l’Echevin du climat et de la transition écologique ? Ce n’est pas du possible dont on a besoin, même plus du nécessaire mais de l’obligatoire. Vos enfants sont peut-être allés manifester jeudi dernier pour sauver le climat. Et vous, vous serez à Bruxelles dimanche ? L’urgence n’est plus à trier les PMC et à faire du compost dans son jardin ; on doit réduire de moitié les rejets de gaz à effet de serre d’ici 2030…, 90% à l’horizon 2050 à l’échelle de la planète pour limiter la hausse de température à 1,5 C° (déjà synonyme de conséquences catastrophiques) ! Et à Trooz, on serait trop petit pour prendre ses responsabilités ? On a au moins trente ans de retard pour éviter le pire et vous nous proposez d’attendre 6 nouvelles années ? Parmi d’autres témoignages, un jeune manifestant de Rixensart, 17 ans, - et parmi 30.000 autres - met en avant la responsabilité individuelle de chacun mais regrette que rien ne soit fait pour nous extraire du système (consumériste, comme chacun sait). « C’est aux politiques de nous orienter vers une consommation globale plus responsable ». Vous aussi, vous avez remarqué toutes ces hypocrisies et ces paradoxes ? Vous trouvez normal que la radio publique Classic 21 promotionne le salon de l’auto pendant toute sa durée et que la SNCB n’offre pas de billets de train à prix réduit pour aller manifester en faveur du climat ? Vous trouvez normal que le kérosène ne soit pas taxé, que les gafam paient moins d’impôts que les PME, que les politiques régionaux et fédéraux décident volontairement de réduire les recettes financières et ce faisant d’anémier les services publics, que Philippe Dodrimont défende la liaison autoroutière CHB estimée à 500 millions d'euros pour faciliter l’accès de la vallée de l’Amblève et à la commune d'Aywaille aux potentiels touristes allemands et hollandais ? Désolé de vous le rappeler mais le moment approche où il faudra rendre des comptes, et les élus seront alors en première ligne.

Un mot encore au sujet de cette empreinte écologique : un nombre croissant de personnes est prêt à faire sa part pour nous laisser peut-être encore une chance de transmettre une planète viable à nos / vos enfants. A qui doit-on répondre : à ceux qui se fichent de l’avenir et participent à l’inertie ou à ceux qui ouvrent le champ des possibles et s’engagent pour le bien commun ? Bien sûr que la dimension sociale est également centrale dans ce processus évolutif mais ce qui est sûr aussi, c’est que les difficultés sociales nombreuses et variées, largement produites par notre modèle de « développement », trouveront plus de réponses dans un lien repensé entre les gens et avec notre Terre qu’en poursuivant dans la voie de la croissance à tous prix, de la compétition et du chacun pour soi.

Dans le détail des propositions pratiques de la DPG, on parle de propreté, de dépôts clandestins, d’éducation, de prévention, d’embellissement et de verdissement, d’utilisation rationnelle de l’énergie… Comme souvent, l’environnement est principalement ramené au cadre de vie et à la propreté. Les enjeux de préservation et d’utilisation durable des ressources (eaux, forêts, espace, air, biodiversité…) doivent eux aussi être pris en compte. Sous peine de passer à côté de ses responsabilités dans ces matières, la commune de Trooz doit en faire bien davantage et de manière proactive pour faire face aux principaux enjeux. Sinon de nouveau, il ne se passera rien. Or, ce ne sont pas les défis qui manquent. Le bassin technique de la future station d’épuration de Fraipont (qui englobe aussi tout Nessonvaux) compte zéro mètre d’égouts dignes de ce nom. Le taux de recyclage des déchets à Trooz stagne aux environs des 51% alors que le « plan wallon des déchets-ressources » prévoit des taux de réemploi et de recyclage (y compris des déchets produits par les commerçants ) de minimum 55, 60 et 65% en 2025, 2030 et 2035. Les terres agricoles sont chaque année rognées et le bocage appauvri par de nouveaux développements urbanistiques. Le transport automobile est en augmentation et avec lui une dégradation inévitable de la qualité de l’air. Plus largement, les nouvelles infrastructures routières ont avant tout pour effet de créer un effet d’appel et… d’accroître les besoins et les distances parcourues, l’e commerce génère des besoins en stockage et en transports décuplés… 

La DPG reprend tout de même, parmi d’autres, de belles promesses et perspectives : alimentation de qualité et produits régionaux dans les écoles, l’aménagement des cours d’école, l’aide des commerçants en matière de gestion des déchets, la promotion de la santé via la prise en compte de tous ses déterminants, la mise en place de services administratifs décentralisés (doit-on comprendre la création d’une antenne administrative à Nessonvaux ?), le souhait de créer quelque chose autour de la riche histoire automobile de Trooz…

Bref, il est grand temps d’imaginer un nouveau monde, ce qui passera par la transition, mot cité 0 (zéro) fois dans la DPG, sinon la révolution !

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3. Trooz attractive pour tous

Une commune accueillante, chaleureuse et solidaire. Tout le monde souscrit, évidemment. Parmi les engagements, la majorité PS-EcoVa veut développer une vision durable et ambitieuse dans les politiques d’aménagement du territoire (AT) local. « Trooz doit rester une commune à taille humaine, à l’architecture et à l’environnement préservés ». Comment fait-on ?

L’aménagement du territoire (AT), c’est-à-dire la localisation, la conception et l’organisation des diverses fonctions telles que le logement, les commerces, les zones d’activités économiques, les écoles ou bien encore les maisons de repos…,  conditionne grandement le mode de fonctionnement de notre société : les besoins en mobilité et les modes de transports privilégiés, les investissements dans les réseaux de distribution énergétique, le régime d’assainissement des eaux usées, la sécurité, les liens sociaux au sein des quartiers, la préservation des ressources, les paysages… Mais aussi ses impacts sur notre environnement ! Dans son point technique n°7 consacré au logement et à l’AT, le chapitre d’introduction pose les bonnes questions, même s'il minimise une fois encore la marge de manœuvre communale quant à sa vision à long terme : quel avenir pour le bâti, quelle place pour les zones économiques, quels espaces de convivialité promouvoir, comment conserver le caractère rural de nos villages… ? Par contre, les 8 priorités qui suivent sont tout à fait insatisfaisantes et ne valident nullement cette nécessaire vision de l’avenir, pourtant demandée et attendue de longue date.

Aucune mention supracommunale non plus de l’aménagement du territoire, de la mobilité, du financement et de la gestion d’équipements communautaires (piscines par exemple), de la fiscalité… L’asbl Liège Métropole restera donc encore un temps cet outil créé au bénéfice des projets publics souhaités par quelques élus avant tout préoccupés par ce qui se passe dans les seules limites administratives de leurs communes. Dommage.

La Commune de Trooz vient pourtant de prendre une excellente initiative : vu les enjeux pour le développement de notre région et de notre commune, les conseillers ont décidé de consacrer une séance spéciale le lundi 28 janvier (18H à la salle des mariages) à l’analyse de l’outil de planification stratégique qu’est le schéma de développement du territoire (de 2013 à 2015, c'est le "schéma de structure communal et le Règlement communal d'urbanisme que l'on nous a fait miroiter). Ce premier pas est nécessaire pour, à terme, édifier cette politique ambitieuse, maîtrisée et responsable de l’aménagement de notre territoire. A nouveau quelques enjeux parmi d’autres : anticiper les aménagements nécessaires aux endroits stratégiques de la commune (carrefour de Prayon, proximité des monuments, lignes de crête…), fixer par d’avance les règles et les orientations que devront suivre les projets d’urbanisme, stopper les lotissements qui se limitent à diviser le terrain en un nombre maximum de parcelles et imaginer une conception moderne de ces développements qui privilégie l’habitat groupé, les espaces partagés et la préservation des ressources, prévenir puis directement réagir face aux infractions caractérisées qui portent atteinte à la qualité des ensembles bâtis ou défigurent les paysages… La commission consultative d’AT et de la mobilité (CCATM) doit elle aussi adopter cette vision d’avenir et éclairer le Collège en ce sens. 

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La DPG mentionne enfin la nécessité de réhabiliter nos espaces publics, dont beaucoup sont effectivement gravement dégradés : la Place Teixeira à La Brouck et la Place Emile Vandervelde à Fraipont sont citées. Tant mieux si la majorité PS-EcoVa a l’ambition de prendre cette question à bras le corps. Mais il faudra faire bien mieux que les réalisations de 2018 à Trasenster et à Prayon, deux vrais contre-exemples ! Pour que les places publiques puissent retrouver leurs fonctions sociales et qu’une juste place soit rendue aux habitants et aux riverains, l’assistance par un bureau d’étude compétent paraît indispensable.

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Une vision d’avenir

Les priorités de la DPG sont autant d’engagements de la coalition PS-EcoVa aux affaires pour les 6 années à venir ; leur réalisation nécessitera un travail collégial, malgré la répartition « calculée » des responsabilités entre les deux partenaires qui confine l’Echevin EcoVa dans la fonction périphérique, même si importante, de Président du CPAS. L’opposition aura aussi un rôle fondamental à jouer pour vivifier la démocratie locale. Comme la population, invitée elle aussi à y participer.

Tout reste à faire, absolument tout.

Bonne chance à cette DPG et à tous les acteurs qui se sont engagés à la mettre en œuvre.

 



 

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