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drapeau Bruxelloisdrapeau belge

drapeau wallondrapeau flamand

 

La Belgique aime se mettre en évidence aux yeux du monde :

  • une participation à l’exposition universelle de Milan où, dans un très beau pavillon, il fallut attendre que les cuisiniers italiens remplacent au pied levé des cuisiniers belges… mal logés et sous contrat précaire ; 
  • une base polaire Princesse-Elisabeth performante… où se confondent intérêts privés et publics depuis des années, privée d’une partie de ses équipements emportés… par le président de la Fondation polaire internationale ;
  • une Wallonie qui a enfanté les plus grands grammairiens de langue française mais qui porte le bonnet d’âne dans les classements Pisa ;
  • un pays « à la pointe » en matière d’interdiction des mines antipersonnels dans le monde mais qui livre des armes légères à plus de 40 pays dont certains sont loin d’être des démocraties ;
  • un pays qui a sauvé ses ressortissants (et quelque autres blancs) des coups de machette en abandonnant le Rwanda et les Rwandais à leur pauvre sort ;
  • un pays fier de son architecture institutionnelle qui reconnaît tout le monde mais ne donne plus de pouvoir ni de responsabilités à personne ;
  • un pays tellement fier que cela en devienne prétentieux, de ses artistes, humoristes, chanteurs, animateurs radio… ;
  • un pays tellement fier de ses sportifs mais dans lequel les politiques du sport sont si peu considérées (le sport au service de la politique, des moyens bien modestes et souvent consacrés à des infrastructures qui hésitent entre le fonctionnel et le prestigieux et donc pas toujours adaptées ni durables, une gestion des plus grandes fédérations pas toujours exemplaire…) ;
  • un pays fier de son passé, qui s’y accroche au point de conserver longtemps une industrie dépassée et déficitaire, de conserver des missiles nucléaires américains sur son sol pour garder à bon compte sa place au sein d’un petit groupe de pays qui pensent diriger le monde…, qui entretient l’illusion mais qui a tant de mal à s’ouvrir au monde et à se projeter dans l’avenir ;
  • un pays au cœur de l’Europe et qui se croit parfois au centre du monde ;
  • un pays qui vante son plus beau circuit automobile « au monde » mais dont de bien nombreuses routes sont totalement délabrées ;
  • un pays gourmand et intarissable sur son chocolat, ses frites, ses bières, ses gaufres… parfois jusqu’à l'indigestion ;
  • un pays fier de son humour et de son surréalisme, empreint de dérision, qui peut aller jusqu’à faire passer la connerie pour de l’art (belge).

Et un pays, en ces moments difficiles après les tragiques attentats de Paris, qui fait rugir son lion, grimper son coq sur son tas de fumier et hérisse son iris d’épines face au monde qui le regarde et s’étonne de tant de nonchalance, regrette le manque d’empathie de ses autorités, s'exaspère de voir qu'on s'y exprime avec tant de difficultés et de confusions, ne comprend pas qu’il y semble si dégradant de se remettre en question.

En 1996, tout allait déjà très bien en Belgique !


Et donc…

Le pays a été placé sous le niveau de sécurité 3 et, pendant quelques jours, la capitale sous un niveau 4. On a vu des véhicules blindés sur la grand place, devant la gare du Midi, sur le piétonnier… OK : faisons confiance aux autorités qui ont notamment pour devoir d'assurer la sécurité des personnes.

Dans son allocution le 19 novembre devant la Chambre des députés, le Premier Ministre annonce une batterie de mesures et un accroissement du budget sécurité de 400 millions d’euros. Spectaculaire. Mais qui peut vraiment croire que le notre pays désargenté va pouvoir dégager une telle somme supplémentaire ?

Déficitaire dans son travail de (re)connaissance et d'anticipation de la menace, la Belgique tente de sauver les apparences après les attentats. Le pays n’a aucune culture du renseignement et ne sait qu’imparfaitement ce qui se trame sur son propre sol. Alors on sort les policiers, les militaires, on prend un ton martial et on décrète. Et le mal belge ressurgit : improvisation, précipitation, confusion, oppositions, effets de manche...

On ferme les écoles bruxelloises 2 jours, non pas parce que les services de sécurité le demandent mais parce que la cacophonie des politiques et de leur communication crée la confusion au lieu de la combattre, et qu'il faut alors prendre des mesures extrêmes pour rassurer la population sans dédire les francs-tireurs.

On annonce le maintien du niveau 4 (" menace sérieuse et imminente ") à Bruxelles pendant une semaine, entrainant une cascade de conséquences en tout genre, pour le rétrograder ensuite au niveau 3 (" menace possible ou vraisemblable "). Pour justifier ce passage du niveau d’alerte de 4 à 3 en l’absence de toute avancée significative de l’enquête et de la traque des terroristes recherchés, nos plus hautes autorités – dont Charles Michel et Didier Reynders – s’autorisent tout. Jusqu’à dire que des attentats du même niveau que ceux perpétrés à Paris ont été déjoués, sans plus de précisions ! Les services de sécurité et la Sûreté de l'Etat démentent : à ce moment, aucun élément matériel n'a été trouvé ! En d'autres temps, tout aussi troublés, on a entendu Marc Verwilghen dire : " il y en a un de vous deux qui ment ". Sauf qu'ici, il s'agit du Premier Ministre, du Ministre des Affaires Etrangères et de services centraux de sécurité et de protection de l'Etat.

Dans la seule Commune de Molenbeek, il y a des dizaines de lieux de prière non reconnus où personne ne sait ce qui s’y prêche. Des centaines de jeunes, d’origine magrébine ou non, n’ont aucune perspective d’avenir et se demandent quel sens donner à leur vie. Les 19 communes bruxelloises se répartissent en 6 zones de police, résultat des affinités entre baronnies autant que d’une réalité du terrain.

Françoise Schepmans incrimine Philippe Moureaux, Yvan Mayeur s’engueule avec Joëlle Milquet. Jan Jambon fustige Molenbeek. La Bourgmestre de la Commune bruxelloise aujourd'hui connue dans le monde entier rappelle à tous qu'elle n'avait pas les compétences pour intervenir après avoir reçu du Ministère de l'Intérieur une liste de 80 personnes radicalisées de sa Commune ; aujourd'hui, elle prétend assurer et entend garder ses prérogatives. 

Et nous, citoyens ? Nous en avons marre de ces politiques qui gesticulent dans une cour de récré et qui donnent juste envie de pleurer.

L’opposition, elle, reste pratiquement muette. Et pour cause : le PS (et le SP(.A)) ont été de tous les gouvernements depuis que la Belgique est fédérale ! Finalement, l'unité nationale a du bon. La structure institutionnelle de notre pays qui se distingue par les nombreux piliers de sa société, les coalitions obligatoires et les consensus qui le sont tout autant n'est plus satisfaisante. Et, contrairement à ce que beaucoup disent, ce n'est pas seulement parce que certains font du mieux qu'ils peuvent pour empêcher le bon fonctionnement de l'Etat. C'est exact : ce n'est pas dans le tumulte que l'on modifie une structure complexe qui est le résultat de tant d'années de construction et d'ajustements, et qui n'est somme toute qu'un outil au service d'un projet de société. Sauf que nous sommes en Belgique, que les consensus sont souvent des compromis et que ceux-là ne satisfont plus personne depuis longtemps. De plus, comme le même personnel politique se maintient en place depuis tant d'années, parfois d'une génération à la suivante, les projets sont souvent de vieilles recettes dénuées du courage politique et du renouveau nécessaires pour faire face aux défis d'aujourd'hui.  

Qui jugerait qu'il n'y a aucune grosse faille dans le système de lutte antiterroriste en Belgique ? Qui peut affirmer que le système de surveillance des personnes fichées est performent et efficace ? Qui peut dire qu'il n'y a pas de manquements dans les services de la police et de la justice ? Responsables mais pas coupables ? Ne parlons pas de l'intégration des personnes d'origine étrangère, tellement négligée !

Alors quand ensuite, on entend certaines de nos "élites politiques" se donner des airs outragés et répondre à des journalistes français que nous (la Belgique) pourrions aussi incriminer la France pour avoir hébergé le meurtrier de l’attentat du musée juif de Bruxelles, que 130 morts à Paris ne peuvent qu’être le résultat de graves défaillances des services de sécurité français, que les attentats de Paris ont été préparés autant en France qu’en Belgique, cela me fait honte d'être belge.

Oui, la Belgique a du courage... quand ça ne lui coûte rien.  Un « si beau petit pays » tellement nombriliste et suffisant qu’il désespère plus qu’il n’encourage, si fier de son image qu’il en néglige le contenu. Heureusement qu’on n’a pas une Le Pen ou même un Dewinter en Wallonie ou à Bruxelles ; malgré leurs détestables "solutions" qui nous conduiraient au chaos, beaucoup d'électeurs désenchantés auraient tôt fait de leur donner le pouvoir de les mettre en œuvre.  


130 morts, des centaines de blessés à Paris. Et chez nous ?

En 1996 aussi, tout allait bien en Belgique.

 

 



 

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