Au cours de l’histoire, la Vesdre a procuré bien des choses aux populations riveraines…

Elle les a d’abord nourris, de menu fretin certainement, mais aussi du plus noble de nos salmonidés : le saumon atlantique ! Au Moyen Âge, certains seigneurs se faisaient payer d’un saumon annuel contre le droit de pêche. Plus tard, certains règlements interdirent aux entreprises de servir trop de fois par semaine du saumon aux ouvriers ! S’il a disparu aujourd’hui, des efforts sont entrepris de l’aval vers l’amont pour supprimer les obstacles et rouvrir la voie à ce puissant migrateur.

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La Vesdre, via de nombreux biefs aménagés sur son cours principal ou ses affluents, a aussi fourni la force hydraulique nécessaire au fonctionnement de nombreux moulins, forges et laminoirs. A partir du début du XIXe siècle et presque jusque la 1re guerre mondiale, une spécialité - et une fierté - des artisans des villages de Nessonvaux, Olne, Fraipont et Trooz était la fabrication des canons de damas, technique sophistiquée réservée à des fusils de luxe. Elle met en œuvre un mélange de fer et d'acier, disposé de manière à obtenir des dessins variés, dans la masse même du métal, en jouant sur les teintes différentes que prennent les deux métaux lors du forgeage.

Très pauvres en minéraux, et donc non réactives avec les savons, les eaux douces de la Vesdre sont idéales pour laver la laine. Si les premières activités remontent au XIIe siècle, c’est du XVIIIe au début du XXe siècle que Verviers fut un centre européen très important de production lainière, où travaillaient des milliers d’ouvriers. C’est dans cette ville que s'établirent en 1797 les Cockerill, famille d’industriels d'origine britannique. William vint d’abord exploiter les premières machines à carder la laine de façon industrielle sur le continent, avant d’étendre - avec son fils John et dans tout le bassin liégeois - ses activités aux machines à vapeur, mines de fer, armes, constructions métalliques, locomotives… Un essor industriel qui, à Trooz, se traduira notamment par l’usine de fabrication automobile Impéria à Nessonvaux et l’usine métallurgique de Prayon.

La Vesdre a aussi été une voie de communication pour les marchandises. Au XVIIIe siècle, elle était navigable de Chênée à Goffontaine. Sur ce parcours, 17 digues étaient équipées d’un pertuis permettant le passage de barques à fond plat, les « betchèttes ».

Utile, la rivière était aussi enchanteresse. Lors de son passage en 1840, Victor Hugo dira de la vallée de la Vesdre qu'elle est « la plus ravissante vallée qu'il y ait au monde, qui est quelquefois un ravin, souvent un jardin, toujours un paradis ».

Généreuse avec l’homme, la Vesdre a également fortement souffert des conséquences négatives d’une industrialisation ancienne et polluante et d’une urbanisation de son bassin. Sans compter le saccage et la rectification de son cours lors de la construction en1842-43 du chemin de fer dans la vallée. Aujourd’hui, un autre problème touchant la rivière et son écosystème est l’invasion généralisée de ses berges par la renouée du Japon, la balsamine de l’Himalaya et la berce du Caucase, 3 plantes exotiques qui prennent la place de nos espèces indigènes.

Malgré cela, la Vesdre renaît peu à peu aujourd’hui ; en témoignent la réapparition du castor et le redéveloppement d’une vie aquatique diversifiée (poissons, larves d’insectes, mollusques, oiseaux d’eau…). Mais bien des efforts doivent encore être accomplis : assainissement des eaux usées, suppression des obstacles à la circulation du poisson, information et sensibilisation du public...

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Olivier Baltus

 

 



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